«La gestion de crise se conçoit en dehors des périodes de crise»


Interview d'Alexandre Iseppi, CEO d’étic SA, spécialiste des questions de continuité des activités, sur les réponses et les moyens de lutte face à cette crise, qui frappe le secteur économique dans son intégralité.

La seule position tenable face à la crise que nous traversons est «d’y faire face», en définissant ses intentions clairement, en faisant des plans et en les adaptant fréquemment.

Au cœur du business model d’étic SA: la gestion de crise et des risques. Quid de l’impact de cette crise sanitaire sur étic SA?

La PME étic SA, comme une grande partie des entreprises en Suisse romande, est fortement touchée dans ses activités. Alors que début mars, notre carnet de commandes couvrait 75% du chiffre d’affaire prévu pour l’année, tout a brutalement changé. Pour faire face à la crise sanitaire, le Conseil Fédéral a décidé plusieurs mesures ayant comme conséquences l’arrêt brutal des nombreuses activités économiques. Et brusquement, la donne a totalement changé.

En temps normal, le risque économique est assuré par le dirigeant, qui possède les clés de sa réussite. Selon des règles connues et relativement stables et dans un cadre, qui tente d’être favorable au développement économique.

Or là, subitement, il est demandé de ne PAS travailler, de ne PAS se voir. C’est un contexte totalement différent et bien que nous comprenons ces mesures, nous pensons que le risque entrepreneurial n’inclut pas cela.

Quelles mesures avez-vous prises?

étic SA a fait recours au chômage partiel pour ses employés et a décidé la réduction de la rétribution de ses 4 associés dirigeants. La PME reste très proche de ses clients, afin de maintenir une partie de ses activités et revenus.

Notre plan de continuité, revu en 2018, préconisait deux principales mesures pour le scénario pandémie: le télétravail, disponible pour tous, et un niveau minimum de liquidités en cash. Nous entamons actuellement ces liquidités pour honorer nos factures essentielles. Si les mesures actuelles perdurent au-delà de fin mai, nous devrons mettre en œuvre d'autres solutions.

Nous n’utiliserons la solution du prêt à taux zéro qu’en dernier recours, car le contexte économique qui suivra la phase aigüe de la crise sanitaire pourrait ne pas être propice aux remboursements. Le Conseil Fédéral propose ce prêt qui se monte jusqu’à 10% du chiffre d’affaire annuel, ce qui représente, selon les PME, une année de bénéfices. Ce n’est pas rien à rembourser dans un contexte défavorable.

De plus, nous gardons à l’esprit qu’un emprunt, normalement, vient soutenir le développement d’une activité et n’a pas pour fonction, à notre avis, d'assurer les frais de fonctionnement. Sinon, l’entreprise fonctionne littéralement à crédit.

Notre objectif est donc de réduire la voilure et de sortir de cette crise avec le meilleur état financier possible, sans endettement. Dans un scénario où la phase aigüe de la crise sanitaire se termine en juin et coïncide avec un redémarrage de l’économie, nous tenons sans emprunt.

Cette décision stratégique de limiter au maximum son endettement ne s’applique pas à toutes les entreprises.

Préserver notre l’indépendance, c’est dans l’ADN d’étic SA.

Pour cela, le capital action est exclusivement en mains des collaborateurs. Nous n’appartenons à aucun groupe et ainsi ne subissons l’influence d’aucune stratégie extérieure.

D’autre part, nous n’avons jamais eu recours à des crédits bancaires. Ainsi nous n’avons jamais été sous la contrainte de devoir générer des marges pour rembourser.

Enfin, nous ne vendons aucun matériel, nous n’avons aucun partenariat avec des fournisseurs.

Par ces lignes de conduites claires, nous agissons toujours dans le seul intérêt de nos clients.

Et bien qu’il ne faille jamais dire jamais, nous tenons à préserver ces principes, ancrés dans l’ADN d’étic SA, même en cas de tempête.

Quels sont les conseils que vous donnez à vos clients, à ce stade de la pandémie?

Dans un tel contexte, on pilote à vue. Il faut réévaluer régulièrement la situation et trouver des solutions avec ses partenaires. Même des éléments de base peuvent être renégociés. La crise est une situation exceptionnelle, brutale, inédite et qui se déroule de manière peu prévisible. Elle est souvent synonyme de rareté.

Notre conseil est d’essayer de ne rien casser, mais de s’entendre avec ses créanciers. Ils sont bien souvent à l’écoute et souhaitent le maintien de relations d’affaire. En ce qui concerne le loyer, en cas de difficulté, il est recommandé de demander un arrangement, voire une baisse, au propriétaire. Les conditions de paiement des charges sociales sont assouplies.

La seule position décente durant cette crise, c’est la solidarité. Il faut se concentrer sur les besoins des gens et viser le maintien des services fondamentaux de la communauté; agir là où nous pouvons être utiles.

Pour nous, mars est peu impacté, in fine. Nous avons pu absorber le choc, faire les premiers états de situation, estimer les impacts, se projeter dans le futur et établir les premiers scénarios.

Comment étic SA continue-t-elle précisément à exercer son expertise de gestion de crise et de continuité des activités?

Paradoxalement, la gestion de crise se conçoit en dehors des périodes de crise. De plus, les entités qui gèrent les processus critiques sont au front durant la crise. Nous avons bien sûr moins de revenus. La gestion d’une crise, cela se prépare et se facture en dehors de la crise.

Durant la crise, nous sommes solidaires de nos clients, qui sont au front. Nous proposons par exemple à nos clients pilotant des processus ou des infrastructures critiques, de mettre à leur disposition, sans facturer, des collaborateurs volontaires pour les aider.

Vous déclariez que la seule solution tenable est de faire face à cette crise. Mais comment?

Il faut faire des plans. La première phase a été le basculement soudain d’un état normal à un état anormal et la mise en place des mesures d’urgence. Il faut maximiser la collecte d’informations, appeler ses partenaires, ses confrères, se rapprocher des associations patronales, afin de cerner ce qui se passe durant cette phase aigüe de la crise et tenter d’élaborer des représentations de ce que sera le «new normal», lorsque nous sortirons de cette phase.

Il s’agit d’élaborer des scénarios et de se structurer: quelles sont nos intentions? Comment agit-on aujourd’hui? Dans une semaine? A quatre mois? Les plans s’ajustent régulièrement.

Sans définir clairement ses intentions et élaborer des scénarios, on risque de se perdre. Il faut, par exemple, envisager ce qui se passe si une récession se met en place et dure 3 ans, ou alors ce qui se passe si la reprise économique est rapide et soutenue dès cet été. Cela aide à la prise de décision. L’exercice est salutaire, et dans un contexte de totale incertitude, il permet d’imaginer des possibles et de commencer à y faire face.

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