La radio, seul outil de communication fiable en tout temps


Interview de Luc Salperwyck, associé chez étic SA, spécialiste en radiocommunication, ingénieur diplômé INPG en électronique et radioélectricité.

La radiocommunication, qui a déjà fait ses preuves en termes de résilience et de fiabilité, devient incontournable en temps de crise.

Les services d’urgence en sont dotés: pompiers, policiers, ambulanciers, militaires, incorporés dans la protection civile. De même que les exploitants de sites industriels, d’infrastructures critiques ou de sociétés de transports. Tous ont mis en place leurs outils de radiocommunication, leur permettant de communiquer simplement, rapidement et en tout temps.

Quels sont les atouts de la radiocommunication par rapport à la communication mobile?

La radiocommunication est une infrastructure résiliente: elle continue à fonctionner quand plus rien ne fonctionne. Elle est robuste. Elle permet de communiquer en situation de crise, efficacement, lorsque les réseaux de communication mobile sont saturés ou non fonctionnels.

Néanmoins, la communication mobile tend à se généraliser – même au sein de services d’urgence – pour des raisons budgétaires, essentiellement.

Pourtant de nombreux cas bien réels ont affectés nombre d’entreprises depuis le début de cette année. Et lorsque des infrastructures d’urgence ou de santé sont impactées dans leur capacité à communiquer, il devient raisonnable de questionner la pertinence du modèle choisi.

Il est regrettable que des établissements de santé publique ou des entreprises de transports publics aient, dans plusieurs cantons romands, opté pour l’abandon de la radiocommunication – pourtant fonctionnelle et résiliente depuis des décennies – au profit de la communication mobile. Cette dernière, dépendante de la robustesse du réseau de l’opérateur, a été dangereusement mise à mal plusieurs fois cette année, et notamment en mars 2020.

Cette année, des dizaines de milliers de clients du principal opérateur en Suisse, dont des services d’urgence, se sont retrouvés bloqués de nombreuses heures, sans aucune possibilité de communiquer. Le résultat pouvant s’avérer dramatique.

Face à la paralysie des numéros d’urgence (117, 118, 144), la police cantonale a ainsi eu recours aux ondes d’une radio pour informer sa population qu’en cas d'urgence, elle pouvait s'adresser directement aux gendarmes, pompiers et sanitaires, en patrouille dans la région.

Le recours massif au télétravail, à l’enseignement à distance et aux plateformes vidéo/de streaming, de la part d’une majorité d’acteurs économiques et d’individus en Suisse, a clairement montré les limites du réseau.

Par ailleurs, des centres hospitaliers, qui ont abandonné la radiocommunication ces dernières années, envisagent de remettre en service leurs infrastructures et terminaux, à minima en tant que système de secours.

De quel outil de radiocommunication disposent les secteurs de la sécurité publique en Suisse?

Si la Suisse a pris la décision de ne renouveler qu’en 2030 sa technologie radio (dominée par Polycom) pour sa sécurité publique, la Belgique a, elle, opté pour une solution 100% radiocommunication pour le réseau national de ses instances de sécurité.

La faiblesse de son réseau, dévoilée notamment lors des attentats de mars 2016 à l’aéroport de Bruxelles, tel un wake-up call, a dopé les investissements, avec comme seul objectif la robustesse et la résilience de son réseau.

En Suisse, Polycom est l’infrastructure de radiocommunication à disposition des secteurs de la sécurité publique. Mais Polycom coûte cher. Le budget dédié au renouvellement / remplacement de la technologie Polycom, qui sera obsolète en 2030, atteint 1 milliard de francs. Là où un investissement de 500 millions de francs suffirait pour adopter aujourd’hui les nouvelles technologies radio (TETRA et DMR), pour l’ensemble du réseau de sécurité publique.

Opter pour une alternative à Polycom offrirait également l’interopérabilité des nouvelles technologies de radiocommunication, qui repose sur des standards mis en place par des organismes de normalisation et qui permet d’avoir recours à des déploiements multifournisseurs. Ce que Polycom ne permet pas, puisque basé exclusivement sur les technologies propriétaires d’Airbus, représenté en Suisse par Siemens (Atos), et pour lesquelles peu d’investissement a été réalisé par son unique fabricant/fournisseur.

Quelles alternatives pour assurer des communications fiables et résilientes?

Seul le recours aux réseaux dédiés de radiocommunication permet de conserver fiabilité et résilience.

Ceci n’est pas le cas pour les autres réseaux mobile ou Polycom. En cas de panne d’électricité par exemple, l’indépendance énergétique du réseau Polycom est de 8 heures, car l’investissement dans les génératrices n’a pas été consenti par la Confédération, ni par les Cantons.

Se doter d’un réseau dédié de radiocommunication, c’est le choix stratégique opéré par les pompiers du Canton de Vaud, dirigés par l’ECA (Etablissement cantonal d'assurance contre l'incendie et les éléments naturels), opérant sur un réseau séparé de Polycom.

Par ailleurs, la migration du réseau actuel des pompiers du Canton de Vaud vers un réseau doté de nouvelles technologies permet une bien meilleure transmission des données et de meilleures fonctionnalités de cryptage.

Ce choix stratégique a également été adopté par d’autres entités, ayant elles aussi besoin d’avoir à leur disposition un outil de communication fiable, permettant de gérer efficacement les situations critiques. Il en va ainsi de l’Aéroport de Genève, les SIG, l’EPFL, Romande Energie et les TPG.

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